INGÉNIEuRS DE TOuS LES POSSIBLES
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« Les ingénieurs français continueront à être recherchés »

  • 03/07/2017

Ingénieurs et scientifiques de France (IESF) rassemble une communauté d'un million de membres. La fédération a publié un livre blanc sur les défis à relever pour « une économie prospère et responsable » au sein de laquelle les ingénieurs ont toute leur place. À quels défis va se confronter le métier d'ingénieur ? Comment encourager les vocations ? Quel sera le rôle de l'ingénieur dans la société ? Réponses avec Philippe Deltombes (ESME Sudria promo 1972), vice-président d'IESF.

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Philippe Deltombes aux côtés de Marc Sellam, président-directeur général de IONIS Education Group

À quel avenir sont promis les ingénieurs français ?
Concernant la formation et son excellence, l'avenir est très positif. Pour preuve, les Chinois n'ont qu'une idée en tête : créer des filières similaires à celle des Grandes Écoles françaises. C'est le meilleur hommage que l'on puisse nous rendre, venant d'un pays qui est en passe de devenir la première économie mondiale. La France est un exemple par le type de formation, le niveau de ses ingénieurs et de ses scientifiques en mathématiques et en physique. Si l'on réussit à faire en sorte que notre filière et notre type de formation perdurent, les ingénieurs français continueront à être recherchés. Environ un sixième des nouveaux ingénieurs diplômés quittent la France pour s'établir à l'étranger. C'est une bonne chose ! Car notre culture et notre façon de penser s'exportent et font des petits. De même, le fait que nous ayons 20 % d'étudiants étrangers dans notre enseignement supérieur nous permet d'apprécier la culture d'autres pays et de nous enrichir. C'est un échange positif.

Quels sont les sujets d'inquiétude de l'IESF quant à cet avenir ?
Notre inquiétude réside d'abord dans la pérennisation du modèle des Grandes Écoles auprès des universités et des communautés d'universités et établissements (COMUE). Nous reconnaissons bien évidemment la pertinence du modèle universitaire, mais ce n'est pas le même type d'enseignement que celui des écoles d'ingénieurs. Nous travaillons en étroite coopération avec les entreprises et souhaitons que ce type de formation perdure, soit reconnu et accepté, mais aussi qu'il y ait des échanges avec les laboratoires des universités, pour lesquelles la recherche est un élément constitutif. C'est un très bon complément au modèle des écoles d'ingénieurs. Nous souhaitons qu'un certain nombre d'ingénieurs puisse poursuivre des études doctorales après leur diplôme. Nous voulons que l'on se rende compte de la complémentarité école-université. C'est notre plus grand souhait à court terme.

Quels sont les autres ?
Tôt ou tard, il va falloir regarder à l'international, c'est-à-dire vers un mode de compréhension de nos systèmes de formation comparé aux Allemands, aux Italiens, aux Anglais, aux Américains... Il y a toujours des phases transitoires où l'inquiétude prévaut tant que nous ne sommes pas stabilisés - c'est un principe. Individuellement, les ingénieurs sont très contents de leur formation et optimistes quant à leur futur. L'accompagnement de l'ingénieur tout au long de sa carrière est encore un sujet qui n'a pas trouvé de réponse appropriée. Cela peut être une source d'inquiétude.

Le métier d'ingénieur souffre d'un manque d'information sur ce qu'il est et de rôles modèles, notamment auprès des plus jeunes et des filles.
Il faut effectivement susciter plus de vocations. À IESF, nos délégations régionales effectuent un travail d'information dans les collèges et les lycées, mais il faudrait également le faire dans le primaire, pour expliquer aux élèves et à leurs professeurs, et le plus tôt possible, ce qu'est l'entreprise, les métiers de l'ingénieur et du scientifique. Il faut « dédramatiser » ce qu'est l'industrie et il faut que les jeunes filles aussi soient attirées par nos métiers. C'est aux anciens élèves d'aller expliquer aux plus jeunes qu'ingénieur est un beau métier et que les femmes y ont toute leur place.

Dans ce livre blanc, vous dénoncez la mauvaise utilisation du principe de précaution. Pourquoi ?
Ce principe a été complètement détourné de son objet. Le groupe de travail du livre blanc, constitué de 1 000 ingénieurs, a souhaité comprendre comment le législateur avait travaillé et comment nous en sommes arrivés à l'interdiction des OGM, des recherches sur le gaz de schiste... Nous nous sommes rendu compte que le principe de précaution, tel qu'il figure dans l'article 5 du préambule de la Constitution française, n'était pas appliqué. Par exemple, à chaque fois que le ministère de l'Agriculture a voulu interdire les OGM, il s'est fait retoquer par Bruxelles et par le Conseil d'État, parce qu'il n'y avait aucune preuve scientifique pour justifier la décision.
Nous souhaitons que, lorsqu'un danger grave et scientifiquement plausible est identifié, des mesures temporaires et proportionnées soient prises pour déterminer à terme les mesures de prévention nécessaires. Le principe de précaution est aujourd'hui utilisé dans 95 % des cas pour des dangers qui relèvent en réalité de la prévention. C'est par exemple le cas pour le nucléaire. Certains sont contre, exigent le risque zéro - qui n'existe pas - et demandent de tenir des niveaux de radiation très inférieurs à ceux de la radioactivité naturelle.
Au nom du principe de précaution, nous sommes souvent dans la médiatisation de slogans et de partis pris sans base scientifique. Nous voulons que les toutes les décisions relatives à la santé et à l'environnement soient basées sur des études irréfutables, ce qui nous permettra d'adhérer aux conclusions de ces études.

Les ingénieurs souffrent d'une représentation insuffisante dans la société, notamment dans la classe politique.
Oui, la place des ingénieurs dans la société n'est pas celle qui devrait être la leur, en particulier au sein des instances politiques. Nous manquons cruellement d'ingénieurs et de scientifiques là où se prennent des décisions importantes pour l'avenir de la société. Nous souhaitons voir plus d'ingénieurs dans les conseils municipaux, généraux et régionaux.

Comment peut-on améliorer notre compétitivité ?
La compétitivité existe nonobstant les problématiques fiscales ou réglementaires. Pour la maintenir, il y a des écosystèmes qui permettent de créer des pôles d'excellence. On en trouve par exemple dans la région toulousaine avec l'aéronautique, à Grenoble avec la micro et la nano-électronique... IESF en appelle au développement de ces pôles, nécessaires au développement des petites entreprises et des entreprises de taille intermédiaire. L'Allemagne possède de nombreuses sociétés de taille intermédiaire qui peuvent exporter et créer de véritables centres de richesse pour le pays.
Nous insistons également sur la normalisation : nous devons faire partie des groupes de normalisation internationaux pour les nouveaux produits, sans quoi nous serons mis à l'écart du monde compétitif. Il faut que les pouvoirs publics et les grandes entreprises remettent l'accent sur les normalisations et les normes internationales. Nous ne devons pas laisser cette place à l'Amérique du Nord ou à la Chine ou, plus près de nous, à l'Allemagne avec les normes 4.0.

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A propos d'Ingénieurs et scientifiques de France :
Cette institution, créée en 1860, représente les ingénieurs et les scientifiques reconnus par leurs diplômes ou leurs fonctions en France. La structure regroupe les associations d'ingénieurs et les associations régionales des ingénieurs et des scientifiques. Sa mission ? Défendre le métier et porter la parole des ingénieurs par un réseautage intensif permettant les échanges entre les écoles, les régions et le tissu économique. Pour cela, elle accompagne les associations et intervient régulièrement pour présenter et défendre le métier et sa filière d'excellence. IESF est aussi un think tank qui publie des cahiers thématiques quatre fois par an et une enquête nationale annuelle. Quatre écoles du Groupe IONIS en font partie : l'EPITA, l'ESME Sudria, l'IPSA et Sup'Biotech.
www.iesf.fr

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